L'imaginaire pornographique : qui joue avec qui?

C'√©tait dans les ann√©es soixante-dix, que Marbeck r√©sume comme " la haute √©poque de la lib√©ration du corps, ... concr√©tis√©e par la pilule, le recul des censures, la nudit√© affich√©e, le cul √† l'√©cran " (p. 96); c'√©tait encore, ajoute-t-il, une grande p√©riode de red√©finition des rapports sociaux, l'√©poque des communes, et du grand re-brassage des relations entre les sexes. La f√™te d√©bute au moment o√Ļ la nuit tombe dans le port d'Amsterdam et, malgr√© l'heure h√Ętive de cette conf√©rence, je vous la r√©sume par une s√©rie d'extraits de bouts de phrase : " Trois cent cinquante personnes, venues de partout dans le monde. Et, comme on dit, de tous les azimuts sociaux. Arche de No√© version ann√©es soixante-dix pour un d√©luge d'orgasme. √Ä l'arri√®re du paquebot, swing-rock. Au milieu, musique de chambre. √Ä l'avant, musique des Indes, r√™ves d'orient et vapeur d'encens. La terre ferme s'√©loigne. Champagne, cannabis, rires, poissons fum√©s, marinades, curry, fruits de la passion. Les regards se captent, les sourires s'√©changent. On s'aborde, on s'offre √† boire, √† fumer, √† d√©sirer, on se fr√īle, on se caresse, on danse, on s'embrasse, on s'enlace, on chuchote. La musique, les voix, le bruit de l'eau, les vibrations des machines. √Ä l'arri√®re, le rock √©lectrique secoue les dorsaux, travaille les fessiers. Dans le salon du milieu, caresses et recueillement : baisers sans fin, pr√©ludes √©ternels. √Ä L'avant, tout le monde est nu, les corps glissent sur les corps, se renversent, s'ouvrent, s'embranchent et se fondent. Un coup de corne retentit dans la nuit noire ... dehors la brume s'est √©paissie. L'orgie s'est propag√©e de b√Ębord √† tribord, d'avant en arri√®re. Orgie sur tous les tons, sur tous les registres, d√©monstrative et militante ici, douce et caressante l√†, ivre et sauvage ailleurs. "

En lisant ce texte (et la description compl√®te est √† peine plus d√©taill√©e que les extraits pr√©c√©dents), une fois d√©pass√©e la jalousie de n'avoir pas √©t√© invit√© √† ce joyeux √©v√©nement, le lecteur ressent progressivement une inqui√©tude qui fait na√ģtre une question tout aussi simple que brutale : qui est-ce qui pilote le bateau? Car on sait √† quel point la mer du Nord, au large du port d'Amsterdam, demeure en toutes saisons une voie maritime tr√®s navigu√©e, o√Ļ la densit√© des paquebots n'a d'√©gal peut-√™tre que la concentration d√©mographique des habitants de la Hollande. La corne de brume se fait entendre, on sait qu'il y a du brouillard, et puis c'est novembre et la nuit est noire. Georges Marbeck mentionne discr√®tement la pr√©sence d'un √©quipage " styl√© ", efficace et surtout tr√®s discret, de mani√®re √† r√©pondre √† nos inqui√©tudes, mais sans jamais laisser l'√©quipage perturber les plaisirs passagers des passagers. De la m√™me mani√®re que personne √† bord n'aura le mal de mer, personne ne craint la mer noire du Nord, et la corne de brume ne vint jamais interrompre les √©rections. Bref, c'est une excellente orgie.

Parce que, d'une part, si l'on veut qu'une orgie soit bonne, il est primordial que plus rien ne puisse nous d√©ranger. La description de l'orgie, comme toute bonne r√™verie fantasmatique, est d'abord et avant tout une machine √† arr√™ter le temps et √† se sortir de l'ordinaire : on l'a souvent dit, c'est l'art de cr√©er un instant magique, un √©tat de gr√Ęce dans lequel il n'y a jamais de mal de dos, ni rage de dents, ni paiement d'hypoth√®que. C'est une extase fragile qui risque d'√™tre rompue par n'importe quel rappel de ce qui n'est pas directement pertinent au plaisir (par exemple, le classique rappel que le plafond a besoin d'√™tre repeint).

De la m√™me mani√®re que les gens qui d√©cident de mettre en sc√®ne leurs fantasmes (parfois √† grand renfort d'outillages, costumes et maquillages) sont r√©put√©s craindre comme la peste (et plus que le SIDA) tout petit incident qui viendrait les rappeler √† la r√©alit√© (une faute de costume, un mot d√©plac√©, n'importe quel d√©tail croche ou comique, comme le besoin d'interrompre pour aller remettre des sous dans le parcom√®tre). Bref, le fantasme, c'est d'abord la capacit√© √† faire abstraction du reste de la r√©alit√©. Mais en m√™me temps et en sens inverse, il est tout aussi vrai que l'orgie, comme le fantasme, a besoin de faire r√©f√©rence concr√®te √† un ordinaire moins flamboyant. Tous les grands amateurs d'orgie vous le diront : le pilotage nocturne risqu√© et les difficult√©s de naviguer dans la brume de la mer du Nord rendent l'orgie encore plus agr√©able. Comme si rien ne pouvait √™tre extraordinaire sans ordinaire, l'extase se construit sur la routine et √† chaque joie suffit sa peine. Mais puisque les deux sont indissociables, en contrepartie, le r√™ve orgiaque peut ais√©ment rendre plus tol√©rables le plat quotidien et l'ordinaire ennuyeux.

Ces notions ne sont √©videmment pas tr√®s nouvelles. Tout ce que je redis, en tr√®s bref, c'est que le fantasme, qui se d√©finit comme √©vasion, a donc n√©cessairement besoin d'une r√©alit√© assez solide dont il permettra de se d√©tacher. On ne peut s'√©vader sans prison. L'id√©e est sans doute assez banale, mais il semble qu'elle vaille la peine d'√™tre reprise ici, d'abord parce qu'elle pose l'√©norme question des rapports compliqu√©s entre le r√©el et l'imaginaire, ensuite parce que la sexologie s'y int√©resse depuis, longtemps, et puis, enfin, parce que c'est justement le genre de notions que pourrait peut-√™tre remettre en question une analyse du ph√©nom√®ne moderne de la pornographie commerciale. Toutefois, avant d'aller plus loin, je tiens √† vous demander de ne pas me chercher querelle quant √† la d√©finition que je ne donnerai pas ici de la pornographie, et de ne pas m'en vouloir de traiter la pornographie tout simplement comme une machine de production commerciale d'outils √† fantasmer; on pourrait discuter longuement ces d√©finitions Pour une discussion plus compl√®te, voir Bernard Arcand Le Jaguar et la tamanoir, vers le degr√© z√©ro de la pornographie, Montr√©al : Bor√©al, 1991., mais elles n'auraient pas de cons√©quences d√©terminantes sur l'argument que je vous soumets aujourd'hui.

L'imaginaire ... Vous connaissez l'importance des travaux consacr√©s √† l'√©tude de l'imaginaire √©rotique. S'il fallait vous convaincre par un exemple je dirais : rappelez-vous du congr√®s international en 1976 (5 ans apr√®s l'orgie d'Amsterdam!), dans les actes duquel des sexologues qui font maintenant figure de pionniers (Claude Cr√©pault, Georges Abraham, Robert Porto et Marcel Couture " L'imaginaire √©rotique de la femme " dans Bergeron, Andr√© et Jean-Pierre Trempe (dir.), Sexologie, perspectives actuelles, Actes du congr√®s international de sexologie, Montr√©al, 1976, Montr√©al : Les Presses de l'Universit√© du Qu√©bec, 1978.) √©crivaient que " ... c'est dans le domaine de la sexualit√© que l'imaginaire trouve une de ses sources les plus consistantes et qu'il assume m√™me le r√īle de fonction compl√©mentaire indispensable " (p.71).

Suite à cette concession polie au monde de la sexologie, il faut encore ajouter la dette considérable que nous avons tous contractée auprès de la psychanalyse, de la psychologie et de toutes les sciences du psyché, quant à nos définitions opératoires de l'imaginaire et du fantasme. C'est de ces disciplines que sont venues les principales définitions assez couramment admises depuis et sans vouloir retracer ici quelques sentiers très bien connus, et en soulignant à gros trait que je ne suis pas spécialiste du psyché (ni même compétent pour en parler), permettez-moi de revoir brièvement ce qu'on en a dit. Premièrement, le fantasme appartiendrait à la grande catégorie des apprentissages élémentaires.

Croire que le monde puisse √™tre aussi mal fait et qui donc s'obstine √† vouloir modeler la r√©alit√© pour la rendre plus conforme au fantasme; et puis, √† l'autre extr√™me, l'√©tat n√©vrotique qui r√©ussit √† fuir la r√©alit√© une fois pour toutes et √† s'en √©vader en se r√©fugiant enti√®rement dans le fantasme. L'id√©al, si difficile √† atteindre, consiste √† vouloir changer le monde sans jamais se d√©courager et tout en reconnaissant ses propres limites autant que les limites du possible, et tout en conservant en m√™me temps la capacit√© de r√™ver que la vie pourrait √™tre meilleure, et de se faire du bien en fermant les yeux pour parfois sortir de ses petites mis√®res. Le fantasme offre donc un substitut √† une r√©alit√© que nous trouvons trop imparfaite. Et malgr√© tout ce que peuvent esp√©rer les hyper-r√©alistes, il serait trop irr√©alistes d'imaginer un monde o√Ļ la pens√©e humaine serait parfaitement ajust√©e au r√©el. Ouvrons ici une parenth√®se (un peu aride) pour rappeler ce que nous r√©p√®tent les philosophes occidentaux depuis l'Antiquit√© : entre l'esprit et le monde, il y aurait toujours un √©cart, un d√©saccord qui agit en quelque sorte comme une impulsion √©lectrique et qui nous pousse √† agir.

Dans cette perspective, il est √©vident et normal que le fantasme d√©passe la r√©alit√©, par d√©finition et parce que c'est justement son r√īle comme sa fonction. Le d√©saccord entre la puissance de l'imaginaire et la pauvret√© du monde (mais tout autant l'inverse) ne devrait jamais, en soi, nous inqui√©ter. Ce qui serait par contre futile, serait de chercher √† r√©duire le r√™ve √† la r√©alit√©, ou, bien pire, essayer de construire un programme social sur des fantasmes. Et bien s√Ľr, cette m√©sentente peut devenir mena√ßante si le substitut empi√®te trop sur la r√©alit√© et qu'on en arrive alors √† prendre le fantasme pour le r√©el; ou encore, dans le cas d'une n√©vrose, quand le substitut entra√ģne un acharnement obstin√© sur l'un ou l'autre d√©tail du r√©el de mani√®re √† l'amplifier √† tel point qu'il en vient √† prendre toute la place.

Sans minimiser ces risques permanents, pour la plupart des gens, dans un meilleur √©tat de sant√© mentale, le fantasme appara√ģt comme un jeu, ou une mise en sc√®ne toute th√©√Ętrale, qui vient remplacer, masquer et cacher une r√©alit√© d√©plaisante ou moins plaisante par le spectacle d'une vie meilleure. Et les bons analystes ont tr√®s vite reconnu que le fantasme n'est pas seulement un substitut plus agr√©able, l'√©vocation d'un objet convoit√© parce que meilleur, le r√™ve de ce qu'on ne peut atteindre, mais aussi, plus fondamentalement, le spectacle du d√©sir lui-m√™me : le plaisir de voir que nous sommes encore capables de d√©sirer, ... rien de mieux pour se prouver que nous sommes encore bien vivants.

... et la r√©alit√© Cela √©tant dit, il faut ajouter que les rapports entre le fantasme et le r√©el restent souvent assez d√©licats. Premi√®rement, il s'agit de deux √©tats qui ont l'habitude de d√©fendre farouchement leur autonomie territoriale. Comme je le disais au d√©but, il ne faut jamais m√™ler les deux genres. Bien s√Ľr, si, √† la porte du cin√©ma, on rencontrait de vrais dinosaures, le divertissement familial deviendrait assur√©ment moins populaire. Mais plus g√©n√©ralement, ce que l'on appelle la vraie vie, l'univers de la r√©alit√© concr√®te, conserve la r√©putation de tr√®s mal tol√©rer le monde imaginaire et, ainsi, les dictionnaires disent clairement que la r√©alit√© m√©prise l'imaginaire et le fantasmatique : le sens premier de fantasme tient justement dans le fait qu'il repr√©sente ce qui n'existe pas, ce qui n'est pas vrai, l'irr√©el, la fiction, le surnaturel, le fabuleux, bref, on sait tout de suite qu'il s'agit de chim√®res.

Dans le vrai monde du travail, de l'industrie, du sport ou de la politique, le fantasme n'est pas le bienvenu et d'en faire usage, c'est ce dont on accuse ses adversaires. Apr√®s le malade imaginaire, on dirait que c'est l'imaginaire qui a quasiment l'air malade. Et c'est plut√īt la langue ordinaire, parl√©e et invent√©e par ceux qu'on appelle le " vrai monde ", des gens qui connaissent bien la vraie vie, qui imposera aux dictionnaires le second sens de " fantastique " comme voulant dire " formidable ", " incroyable " et " sensationnel ".

En somme, le r√©el cherche √† se distinguer du fantasme. Et il est bien √©vident que, de l'autre c√īt√©, le fantasme maintient l'attitude r√©ciproque. Un bon fantasme sexuel (nous en venons √† notre sujet) impose presque toujours de faire pr√©cis√©ment abstraction de la r√©alit√© : c'est une concentration intense qui fait le vide de tout le reste pour r√©ussir √† se concentrer admirablement sur une seule dimension de l'exp√©rience humaine. Et comme les humains n'ont pas tous la m√™me capacit√© pour l'abstraction, c'est ainsi que les gens qui ont le plus de difficult√© √† se d√©tacher de la r√©alit√© imm√©diate (ceux ou celles qui ne peuvent oublier que le plafond a besoin de peinture), inventent des fantasmes qui les am√®neront dans les mers du sud, dans un studio de cin√©ma ou m√™me sur la plan√®te V√©nus.

On peut m√™me, comme en mai 1968 ou comme John Lennon, imaginer qu'un jour l'imagination sera enfin au pouvoir. Quoi qu'il en soit, on dirait que, par d√©finition, la r√©alit√© et le fantasme ne sont pas vraiment faits pour s'entendre. Et pourtant, il faut que les deux fassent bon m√©nage, parce que c'est l√† que se joue l'essentiel. Apr√®s avoir dit que le fantasme est un produit de l'esprit qui r√©agit aux imperfections du monde, on se retrouve avec deux √©tats de conscience tr√®s contrast√©s et entre lesquels les √™tres humains voyagent constamment et plusieurs fois par jour : la porte qui s√©pare et qui relie le r√©el et l'imaginaire a tout l'air d'une porte particuli√®rement tournante. Vous connaissez bien les fr√©quences des fantasmes sexuels, amis si vous leur ajoutez encore tous les autres types d'actes de l'imagination, on voit que m√™me les individus les plus terre-√†-terre ont souvent des id√©es folles et que la vie nous impose un va-et-vient constant et perp√©tuel entre les deux modes. C'est dire du coup que la bonne marche de ce va-et-vient et le bon dosage de ces √©changes constants entre la r√©alit√© et la fiction doivent √™tre terriblement importants pour tout √™tre humain; cela para√ģt vrai, m√™me sans redire de nouveau les risques extr√™mes de sombrer dans la pathologie psychotique ou n√©vrotique. Je parle plut√īt des existences tout √† fait normales, des vies en bonne sant√© dont on dit qu'elles sont sans histoires. Vous l'avez devin√©, on touche alors √† la vaste question des influences multiples du fantasme sur le comportement.

L'influence du fantasme sur le comportement Couramment, c'est par cette question que les discussions d√©butent, simplement parce que c'est la dimension du sujet qui semble toucher imm√©diatement ceux et celles qui s'int√©ressent √† la nature et aux fonctions du fantasme. Par exemple, on constate que c'est autour de cette question aussi que tournent la quasi-totalit√© des d√©bats publics sur le ph√©nom√®ne moderne de la pornographie : puisqu'il s'agit de fonder une politique sociale √† son √©gard (savoir s'il faut tol√©rer ou interdire la pornographie), il est in√©vitable de chercher √† faire la preuve de la justesse de sa position en d√©montrant comment la production et la consommation massives d'images, qui sont autant de stimuli sexuels, " fantasmatiques ", repr√©sentent ou non une menace pour la soci√©t√©. Ce faisant, il faut ouvrir ici ce qui est peut-√™tre une autre courte parenth√®se et noter √† quel point nos sciences restent accroch√©es √† l'√©tude des comportements. Nous demeurons convaincus que les actes sont plus facilement saisissables que les pens√©es et, de ce fait, en quelque sorte plus importants.

Nous sommes tous des r√©alistes et tout ce qui, comme le fantasme, se situe au del√† de la r√©alit√©, n√©cessairement nous d√©passe. Il existe, bien s√Ľr, des analyses des contenus des fantasmes et il y a des sens des fantasmes, mais en bout de ligne, ce qui nous concerne par-dessus tout, c'est ce que les personnes en font : l'effet de ces images, de ces symboles et de tous ces sens sur les comportements imm√©diatement concrets. Vous connaissez probablement mieux que moi ces recherches et les d√©bats sur l'importance du fantasme, et je serai donc tr√®s bref. En rappelant d'abord que Edward Albee (The zoo story) disait qu'√† l'adolescence, la pornographie joue le r√īle de substitut pour l'exp√©rience sexuelle v√©ritable, alors qu'√† l'√Ęge adulte, c'est au contraire la pratique sexuelle qui devient un substitut pour le fantasme.

Tout le monde serait malheureux tout le temps! Pour les pessimistes, les rêves sont toujours trop beaux et la réalité trop médiocre. Pour les optimistes, le fantasme vient embellir le réel et réussit à nous convaincre sans trop tricher que la vie est, somme toute, assez belle.

Bref, le recours aux fantasmes risque fort d'entra√ģner des effets diff√©rents chez des individus qui le sont tout autant, et je me suis convaincu, en suivant les tr√®s nombreuses discussions des effets de la pornographie, qu'il serait futile de chercher √† trancher, dans un sens unique ou dans l'autre, cette question de l'influence du fantasme sur le comportement. C'est donc dire que les fantasmes, comme la pornographie, ne sont pas d'abord influents en eux-m√™mes, mais par la r√©action qu'ils suscitent. Il serait donc sage de conclure qu'ils peuvent facilement √™tre √† la fois salutaires et nuisibles, √† la fois rassurants et mena√ßants, √† conseiller comme √† proscrire, et tout cela selon les individus, selon les √Ęges, les moments de la vie, ou m√™me les humeurs du moment. Et, encore une fois, il faut croire que le d√©terminant principal tient dans le lien particulier que l'individu √©tablit entre son r√©el et son imaginaire, le dosage particulier des influences de l'un sur l'autre, qui assurera que ni l'un ni l'autre ne domine au point d'occuper toute la place.

Voilà donc, en gros, ce que l'ignorant que je suis arrive à résumer des principales discussions sur ce sujet. Il est temps de passer maintenant à un autre registre (avec lequel je suis un peu plus à l'aise), celui des sciences sociales, afin d'essayer d'ajouter à notre approche de la question quelques considérations sociales et culturelles. Parce que l'usage courant et populaire des fantasmes (surtout la commercialisation pornographique du fantasme) n'est pas uniquement une affaire individuelle. Chaque utilisateur habite un contexte social et historique, ce qui n'est rien d'autre qu'une façon de dire qu'une très grande partie de ce que nous savons de la vie nous a été transmis par d'autres qui nous l'ont appris.

Le fantasme comme construit culturel Mentionnons d'abord qu'au fil de ces lectures et tout en se familiarisant avec ces d√©bats sur la vraie nature des rapports entre le fantasme et la r√©alit√©, l'√©tranger que je suis a ressenti comme un malaise. Pas uniquement parce que, √† ce jour, personne n'a r√©ussi √† r√©soudre de mani√®re satisfaisante la vaste question de la fonction des fantasmes, mais aussi parce que subsiste tout au long de ces discussions une sorte d'h√©sitation quant √† la d√©finition m√™me du probl√®me. Par exemple, dans les Actes du congr√®s de 1976, auxquels je faisais tout √† l'heure r√©f√©rence, rappelez-vous cette phrase typique de Cr√©pault et al : " Ainsi, nous ne pouvons d√©terminer si c'est l'excitation √©rotique elle-m√™me qui induit un type de fantasme, ou si au contraire, un fantasme ayant des coordonn√©es √©rotiques induit in√©vitablement l'excitation sexuelle. Avec beaucoup de probabilit√©, les deux √©ventualit√©s se d√©clenchent d'une fa√ßon alternative ou compl√©mentaire " (op. cit. p. 73).

Les auteurs nous laissent sur cette h√©sitation et il n'est certainement pas question de pr√©tendre que l'un ou l'autre c√īt√© de l'√©quation pr√©domine. Or, c'est un tr√®s vieux truc du m√©tier de lecteur critique que de sugg√©rer que ce genre de malaise, issu de questions qui ont tout l'air de devoir demeurer √©ternellement sans r√©ponse, t√©moigne habituellement du fait que la question originale avait √©t√© mal pos√©e. Mais ce n'est pas ce que je veux faire ici. N√©anmoins, je ne peux r√©sister √† la tentation de mentionner en passant qu'une telle critique serait possible et que l'on pourrait montrer comment ces d√©bats reposent " ultimement " sur une opposition simple entre le r√©el et l'imaginaire, laquelle recoupe aussi nos distinctions tr√®s classiques entre le corps et l'esprit, entre le mat√©riel et le spirituel, le naturel et le surnaturel, et ainsi de suite.

Une telle distinction n'est peut-être en soi ni fausse, ni même excessive, mais il faut cependant demeurer conscient qu'il s'agit là d'une invention typique de la philosophie occidentale (spécifiquement des débats entre Platon et Aristote) et que d'autres cultures, c'est-à-dire d'autres traditions philosophiques, prétendent au contraire que la réalité contient toujours une partie d'imaginaire, tandis que le fantasme est quant à lui tout à fait réel. Mon argument ne sera pas celui-là, mais arrivera sensiblement au même résultat, c'est-à-dire à suggérer qu'il vaudrait mieux repenser ce que l'on entend couramment par fantasme et par réalité.

Puisque mon intérêt pour le fantasme porte sur une de ses formes bien particulières, la pornographie, dans ce cas précis il m'est facile de dire que, en un sens, le fantasme est certainement très réel. La pornographie n'est pas seulement un rêve insaisissable, abstrait ou irréel. C'est aussi un produit de consommation, parfaitement concret et disponible sur le marché. Elle appartient à une industrie du rêve, mais avec des outils matériels de production et de distribution, avec des personnages bien en chair qui ne sont pas uniquement des produits de l'imagination, et avec des chiffres de vente qui existent vraiment. En même temps, la pornographie est aussi le reflet de la société qui la produit. On peut facilement montrer qu'il s'agit d'un reflet déformé et d'un miroir qui modifie, transforme et inverse les images, mais le résultat demeure quand même un reflet authentique.

M√™me si la pornographie reste souvent pleine de mensonges (on pense facilement aux images d'√©jaculations √† r√©p√©tition, ou aux personnages f√©minins qui ont une sexualit√© toute masculine dans leur enthousiasme, ou encore aux nombreuses mises en sc√®ne d'hyst√©rie sexuelle g√©n√©ralis√©e qui soudain touche m√™me le monde le plus ordinaire), elle exprime n√©anmoins des choses vraies. Dans mon exemple du strip-tease au motel Britannia Pour plus de d√©tails, voir le Jaguar et le Tamanoir, op. cit., p. 149-154., quand les danseuses lascives montrent aux spectateurs combien le monde serait beau si les femmes √©taient plus sensuelles, tandis que dans la salle √† c√īt√©, les danseurs montrent aux spectatrices combien la vie serait agr√©able si les hommes prenaient davantage soin de leur corps et savaient se montrer nus sans chaque fois leur sauter dessus, malgr√© tout le fantastique de ces deux propositions, ces mises en sc√®ne impliquent de vrais artistes qui pr√©sentent un spectacle √† des auditoires bien r√©els, qui √©changent de l'argent reconnu par les vraies banques, et qui se font vraiment plaisir en r√™vant de virer le monde √† l'envers.

Dans la m√™me veine, on pourrait inscrire aussi les nombreux efforts faits par l'industrie pour offrir une pornographie qui essaie de se rendre chaque jour plus cr√©dible et authentique. Les vibrateurs et les poup√©es gonflables s'am√©liorent et on ne peut plus compter les efforts pour rapprocher le r√™ve de l'exp√©rience et pour rendre cr√©dible l'incroyable : affirmer que la playmate est une voisine de pallier, organiser des rencontres cochonnes en pitonnant le clavier de l'ordinateurs, d√©velopper une pornographie amateur, photographier √† l'improviste des gens c√©l√®bres, ou promettre le spectacle de fesses √† visage connu, de Manon Rh√©aume ou Ren√© L√©vesque. Toutes ces nouveaut√©s relatives de la pornographie actuelle traduisent une m√™me fascination pour le r√©alisme, qui ne peut se fonder que sur ce qui existe r√©ellement dans la soci√©t√© qui la fait vivre.

Dernier exemple parmi bien d'autres, les responsables de la revue lesbienne Quim, en Angleterre, ont parcouru les pubs homosexuels pour faire des entrevues et noter les principaux fantasmes qui pourraient ensuite int√©resser leurs lectrices : la d√©marche est empirique, on l'imagine minutieuses et la science ne ferait pas mieux pour rapprocher et coller √† la r√©alit√©. Sans oublier non plus la dimension la plus √©l√©mentaire du reflet de la culture : la pornographie ne fait que reprendre √† son compte les images de ce que notre soci√©t√© a d√©clar√© beau et sexuellement attirant. M√™me si ses mises en sc√®ne ne restent pas enti√®rement passives, le succ√®s commercial de la pornographie repose en bonne partie sur son respect des crit√®res esth√©tiques g√©n√©ralement admis par le plus grand nombre. Enfin, si l'on cherchait une preuve suppl√©mentaire du reflet de la r√©alit√© culturelle, il suffirait de voir comment des soci√©t√©s diff√©rentes produisent des pornographies contrastantes √† la fois par leurs th√®mes et par leurs fascinations pour divers types d'obsc√©nit√©, d'interdits, de perversions, mais aussi bien s√Ľr par leur mise en sc√®ne de types physiques assez diff√©rents parce que localement d√©finis comme sexy et attirants.

La pornographie veut donc se couvrir de r√©alisme. Elle ne souhaite rien de moins que d'√™tre crue (dans les deux sens) quand elle promet du vrai sexe, du vrai plaisir. Depuis toujours, les gens par trop na√Įfs ont d√©nonc√© la pornographie comme une grande menteuse qui ne tient jamais ses promesses, puisque, contrairement au bordel, le seul vrai sexe qu'elle offre se limite au spectacle de quelques images. Mais la pornographie est arriv√©e √† la bonne √©poque. Elle se trouve de moins en moins d√©nonc√©e et ce, pour les raisons qui, en m√™me temps, expliquent son succ√®s.

La nouveauté de la " modernité " La pornographie est arrivée à une bonne époque et elle profite de ce qui semble être nos tout nouveaux rapports au fantasme comme à la réalité. C'est dire que son succès n'est peut-être pas compréhensible dans le cadre de nos façons traditionnelles de concevoir le fantasme et la réalité. Plusieurs observateurs l'ont remarqué, les modernes que nous sommes présentent plusieurs signes d'être de plus en plus incertains de leur capacité d'établir une distinction nette et précise entre le vrai et le faux, entre le rêve et la réalité. C'est que nous avons appris progressivement (depuis à peu près quatre siècles) à nous méfier de tout ce que l'on nous raconte et à ne plus vraiment faire confiance aux autorités. Nous savons tous d'expérience que tant de choses tenues longtemps pour vraies (par nos ancêtres, nos parents et nous-mêmes) se sont par la suite révélées fausses.

Typiquement, chez nous, on croit maintenant savoir que les meilleurs citoyens seront t√īt ou tard d√©masqu√©s et se transformeront sous nos yeux en crapules, tandis que les plus d√©vots deviendront des abuseurs. On ne sait plus qui croire, la vie semble moins fiable. En m√™me temps (et malgr√© certaines apparences), nous entrons aussi dans une √©poque de tol√©rance, parce que l'on comprend, tol√®re et respecte mieux que jamais que les autres (comme chacun de nous) croient ce que bon leur semble, depuis l'astrologie jusqu'au cristal, de la physique nucl√©aire jusqu'aux fant√īmes du Forum de Montr√©al. J'ai d√©j√† r√©dig√© l√†-dessus quelques chapitres entiers, mais je dois avouer mes exemples favoris demeurent encore le village biblique de Mobile, en Alabama, et la visite tr√®s populaire du site touristique cin√©matographique de Floride, l√† o√Ļ les films ne sont jamais tourn√©s et o√Ļ les touristes visitent une r√©plique du faux motel de Psycho et une authentique copie du faux requin de Jaws.

Plus pr√®s de nous, on pourrait citer en exemple une querelle r√©cente suscit√©e par les propos de Paul Warren, professeur de cin√©ma √† l'Universit√© Laval, qui se plaignait dans La Presse que la r√©alit√© soit de nos jours plus que jamais difficile √† distinguer de la fiction : les gens font davantage confiance √† Scoop et √† la biographie que Claude Fournier a r√©dig√©e sur Ren√© L√©vesque qu'aux documentaires qui, pour leur part, font de plus en plus usage de proc√©d√©s dramatiques qui appartenaient d'habitude √† la fiction (les " docu-drames " am√©ricains). Bref, les auteurs de fiction font aujourd'hui fortune en inventant des histoires vraies, tandis que les documentaristes essaient de gagner leur vie en se donnant des airs de t√©l√©romans. Et Warren reprend une vieille inqui√©tude : si l'on m√©lange ind√Ľment les genres, qu'est-ce qui emp√™che un malade de confondre l'imaginaire et le r√©el et puis ensuite d'agir dans cette dangereuse confusion?

Cette opinion de Paul Warren lui a m√©rit√© une r√©ponse assez m√©chante de la part de Michel Trudeau dans le journal Voir. La querelle est int√©ressante parce qu'on assiste √† un v√©ritable conflit entre g√©n√©rations. Trudeau accuse Warren de vouloir √† tout prix distinguer le vrai documentaire de la fausse fiction, et de respecter ainsi les faits. C'est-√†-dire qu'il l'accuse de croire qu'il existe un ordre √©tabli et une morale fixe du vrai et du faux, un dogme √©tabli qui d√©finit ce qu'il faut prendre pour acquis parce que certain et ce qui, au contraire, n'est qu'une illusion. Trudeau affirme que ce qui emb√™te surtout Warren c'est que le monde ordinaire √©prouve beaucoup de plaisir √† regarder sans distinction Scoop et certains documentaires, et que c'est l√†, dans le fond, la seule chose qui importe, mais ce que des vieux conservateurs comme Warren sont bien incapables d'admettre (sur le m√™me ton, on pourrait rajouter que le peuple n'a jamais eu droit √† la reconnaissance bourgeoise de ses plaisirs, pas plus dans la musique Western que dans les g√Ęteaux May-West).

La querelle est int√©ressante parce qu'elle t√©moigne d'un malentendu fondamental7nbsp;: Warren et Trudeau ne se comprendront jamais parce qu'ils ne parlent pas le m√™me langage. Et leur m√©sentente est exemplaire, car elle r√©sume admirablement ce qui a chang√©. Sans pr√©tendre pouvoir retracer l'√©volution de la soci√©t√© occidentale sur les derniers quatre cents ans, on peut d'un trait conclure que le lieu de la r√©f√©rence ultime a √©t√© transf√©r√© de Dieu-le-p√®re jusqu'au fond de l'√Ęme. Il y a longtemps, les choses √©taient ce qu'elles √©taient tout simplement parce que l'√©tat du monde manifestait la volont√© divine ou celle de sa tr√®s divine majest√©. Aujourd'hui, la seule r√©f√©rence fiable et √† toute √©preuve se trouve plut√īt en chacun de nous. Du Tr√®s-Haut nous sommes pass√©s au Tr√®s-Int√©rieur. Ce n'est plus Dieu, ni les autorit√©s civiles, religieuses ou morales, qui peuvent d√©terminer ce qui est vrai et qui doit √™tre cru.

La fa√ßon moderne d'apprendre comment distinguer le vrai du faux consiste √† se fier davantage √† notre exp√©rience intime et personnelle du monde. Chacun apprend √† reconna√ģtre ce qui lui fait du bien, du mal et ce qui lui donne du plaisir. Voil√† ce qui appara√ģt d√©sormais incontestable. Et voil√† aussi pourquoi il est devenu beaucoup moins important que le monde ext√©rieur soit vrai ou faux, qu'il soit fiction ou documentaire, que la baleine en plastique de Jonas soit incroyable. La seule v√©rit√© parfaitement authentique est celle des sentiments que ce monde ext√©rieur fait na√ģtre et que chacun ressent. Et c'est essentiellement ce que veulent signifier les commentateurs qui parlent du triomphe de l'individualisme moderne.

Malgr√© ce qu'en disent parfois les journaux ou la t√©l√©vision, ce n'est pas parce que les gens sont devenus √©go√Įstes ou parce que nous vivions sous la loi du chacun pour soi. C'est plut√īt parce que l'individu est devenu la principale mesure du monde et que son exp√©rience profonde fait foi de loi fondamentale, C'est une mesure qui n'est pas souvent aussi simple et claire que les anciennes r√®gles qui nous √©taient impos√©es, mais elle a l'avantage d'√™tre fiable, et puis surtout d'√™tre imm√©diatement v√©rifiable. Tout cela nous m√®ne √† croire que l'exemple de la pornographie actuelle, comme produit de consommation priv√© et intime, nous pousse √† reconsid√©rer une bonne partie de ce que l'on croyait savoir au sujet des rapports entre l'imaginaire et le r√©el. Il devient de moins en moins pertinent de parler de r√™ves et de fantasmes dans un univers domestique qui per√ßoit le monde principalement √† travers le filtre des outils √©lectroniques de transport d'images. Dans un monde o√Ļ les divertissements, le sport et m√™me les informations demeurent irr√©els aussi longtemps qu'ils ne nous touchent pas directement, il devient moins utile de s'obstiner √† distinguer le vrai du faux.

Ce qui reste certain, par contre, c'est l'√©motion que procure le spectacle. Et d√®s lors, la r√©alit√© du produit pornographique para√ģt tout aussi √©vidente et banale que celle de n'importe quel grille-pain. Et l'un comme l'autre sera d√©sormais jug√© sur son efficacit√© √† produire l'effet escompt√©. Et si, par ailleurs, vous introduisez en plus quelques nouvelles attitudes culturelles face √† la sexualit√©, de mani√®re √† la transformer (comme sugg√©raient Masters & Johnson) en une exp√©rience fondamentalement individuelle, une partie de la r√©alisation de soi, et puis, si vous ajoutez encore une nouvelle tol√©rance de la pratique de la masturbation et si vous d√©veloppez la notion que la sexualit√© est √©galement une fonction corporelle, √† la fin, je parie sans h√©siter que vous verrez, du coup, la pornographie de l'avenir facilement devenir aussi courante et banale que n'importe quel grille-pain ordinaire; la machine √† fantasme sexuel serait alors √† classer parmi les appareils domestiques et se retrouveraient dans tous les appartements (de c√©libataires ou non), venant en somme s'ajouter √† la liste d√©j√† longue des outils de soins pour le corps tellement populaires de nos jours. Des soins pour soi. Il ne semble pas du tout indispensable que la perception de la sexualit√© impos√©e par notre culture et notre √©valuation morale et politique du sexe se modifie dans l'avenir et que la prochaine pornographie t√©moigne d'une compr√©hension et d'un apprentissage grandissant de la m√©canique de la stimulation sexuelle.

La pornographie, qui d√©j√† l'empire du fast-sex, ne ferait que poursuivre sa recherche d'efficacit√©. C'est une √©volution qui la rapproche de la notion d'outil et de machine, en l'√©loignant de notre concept traditionnel de fantasme. En contrepartie, il devient en m√™me temps plus impr√©cis de parler d'√©vasion par le fantasme dans le contexte d'un environnement o√Ļ la r√©alit√© devient chaque jour plus virtuelle, et o√Ļ les notions de prison et d'√©vasion semblent vouloir se confondre. Dans quelques ann√©es, lors du grand jour quand, enfin, les extraterrestres arriveront pour leur visite tant attendue, ils risquent de nous d√©couvrir en train de se masturber le long de l'autoroute √©lectronique. Et finalement, si l'on veut r√©pondre √† notre question originale de savoir " Qui joue avec qui? ", il faudra plus dire que le fantasme se joue de la r√©alit√©, ni que c'est au contraire le r√©el qui nous impose de jouer avec certains fantasmes. Il faudra dire plut√īt comme les anglophones, " We are playing with ourselves ". Et les extraterrestres ajouteraient que cela n'√©tait pensable et rendu tol√©rable essentiellement parce que nous ne sommes plus dans la brume sur un bateau dans la mer du Nord et parce que le pilote a quitt√© le navire depuis longtemps et qu'on ne le retrouve plus.

Parution Cet article est paru dans la revue Sexologie actuelle, vol. II, no 4, juillet 1994, p. 5 à 11, suite p. 14-15, <a href="http://www.blaf.ntic.qc.ca/fr/asq.shtml" hreflang="fr">la revue de l'Assocation des sexologues du Québec</a>.