Il convient avant tout de faire la distinction entre onanisme et masturbation ...

Il convient avant tout de faire la distinction entre onanisme et masturbation, distinction capitale puisque c'est à cause d'elle qu'on s'est figuré que la masturbation était un péché condamné par la Bible, qui n'en parle pas.

Dans Le L√©vitique , o√Ļ Mo√Įse √©num√®re toutes les causes d'impuret√©, et toutes les p√©nitences n√©cessaires pour s'en purifier, il y a des articles punissant la sodomie, le co√Įt avec une femme ayant ses r√®gles ou avec un animal, mais on ne trouve pas d'interdit de se masturber. La seule allusion, dans la Gen√®se , se rapporte √† Onan, un des trois fils de Juda.

Son fr√®re a√ģn√© Her √©tant mort sans enfants, son p√®re Juda lui ordonna de coucher avec sa belle-soeur Thamar pour lui faire tout au moins un gar√ßon qui s'appellerait aussi Her. Mais Onan, r√©volt√© de cette exigence le r√©duisant √† n'√™tre que le substitut d'un autre, au moment de ses rapports sexuels avec Thamar se retirait √† l'approche de l'√©jaculation et versait sa semence √† terre. ¬ę Le p√©ch√© d'Onan ¬Ľ, dont on a tant parl√© √† tort ou √† raison, ce n'√©tait pas de se masturber - rien ne pr√©cise dans le texte biblique qu'il le faisait au lieu de se conjoindre √† Thamar - mais de pratiquer le co√Įt interrompu afin de ne pas engrosser sa femme.

Par un √©trange abus d'interpr√©tation et une erreur persistante, on a appel√© onanisme le plaisir qu'on prend en l'absence de tout partenaire qui le fait na√ģtre et le stimule. En r√©alit√©, le p√©ch√© d'Onan peut √™tre commis par un homme avec une femme : il suffit pour cela qu'il mette un pr√©servatif qui recueillera tout son sperme et l'emp√™chera de f√©conder sa compagne.

Mais Onan p√©chait en fonction de la loi juive du l√©virat, qui lui imputait √† crime de refuser d'assurer une descendance √† son fr√®re a√ģn√©. M√™me le co√Įt interrompu n'√©tait pas tenu pour un p√©ch√© dans tous les cas, puisqu'il fut admis comme proc√©d√© anticonceptionnel par des rabbins du Moyen Age, le conseillant au mari dont la femme allaitait un enfant.

C'est ainsi une fausse exégèse, tendancieuse et subjective, qui a porté des théologiens et des médecins à invoquer l'onanisme comme synonyme de masturbation, en vue de donner à cette activité une connotation irreligieuse et de la rendre aussi réprouvable qu'un blasphème.

Avec l'aimable autorisation des éditions "Le jardin des livres"
Extrait de la "Sexualité de Narcisse"